Concours national en consortium:
Riopel, Brière, Gilbert + associés, architectes.
Dès nos premières appréciations du futur site de la bibliothèque de Saint-Eustache, c’est notre compréhension de l’histoire du lieu et du potentiel d’interrelation avec la rivière des Mille-Îles et son contexte naturel qui a motivé notre approche conceptuelle et son développement.
En contrepartie, le contexte urbain en périphérie du site exigeait également une attention particulière. Seuil d’entrée de la ville, le secteur comporte plusieurs réalités quotidiennes qui doivent être prises en compte dans le développement du projet et son implantation sur le site. La contiguïté du pont, l’envergure de l’intersection du Boulevard Arthur-Sauvé, du Chemin de la Grande-Côte et de la rue Saint-Louis à l’ouest, ainsi que la densité de la circulation automobile dans le secteur sont les plus importantes.
Ainsi, ces deux principales caractéristiques du site d’intervention appelaient à une réponse architecturale et urbaine en deux volets, soit : 1) un projet qui s’ouvre sur le paysage et qui tire parti au maximum de la présence de la rivière et son environnement exceptionnel; et 2) un projet qui contribue à requalifier l’espace public de ce secteur de la ville en offrant un nouveau lieu extérieur de grande qualité, protégé et convivial, jouant le rôle d’interface et d’espace de transition, entre la bibliothèque et son contexte urbain particulier (pont, intersection et voies de transit).
Situé à la limite géographique de Saint-Eustache, c’est donc par une architecture accueillante et ouverte, tant sur la ville que sur la rivière, que notre projet affirme son caractère public, identitaire et symbolique, contribuant à la mise en valeur de ce secteur comme véritable porte d’entrée de la ville.
MISE EN VALEUR DE LA RIVIÈRE ET OUVERTURE SUR LA VILLE
Véritable opportunité de mise en valeur de la rivière des Mille-Îles et du contexte naturel et riverain, le projet de la bibliothèque de Saint-Eustache propose par son implantation, son architecture et sa volumétrie sur trois étages, un geste structurant qui marque le paysage et favorise son appropriation. Tel un « trait d’union » ancré dans la topographie naturelle du site, le bâtiment qualifie et concrétise les rapports physiques et visuels de la bibliothèque avec la ville et son environnement naturel.
Fondé sur une base géométrique simple, soit un cube sur trois étages de 27 m x 27 m, le projet se développe en réponse au contexte et au programme, par deux prolongements volumétriques qui ouvrent les espaces d’accueil (plus animés) vers la ville ainsi que les espaces intérieurs de la bibliothèque (plus calmes) vers la rivière et le paysage.
Le premier est celui de l’étage supérieur qui s’avance en porte-à-faux au dessus d’un grand parvis d’accueil extérieur. Ensemble, le volume de l’étage et le parvis, traités tout en bois et en continuité, définissent une véritable place publique, à la fois invitante, conviviale et protégée des intempéries. Cet espace public, connecté à la rue, aux stationnements et aux fonctions d’accueil (hall, salle multifonctionnelle et comptoir de prêt) pourra devenir un véritable lieu d’échanges et de rencontres, réaffirmant le rôle de l’institution comme catalyseur communautaire, culturel et social.
Le volume en porte-à-faux et tout en bois, élément signal et visible de la rue et de l’intersection du boulevard Arthur-Sauvé, marque la présence de l’institution culturelle dans le paysage urbain.
Le deuxième prolongement est combiné au découpage du volume en trois bandes programmatiques et fonctionnelles, soit : 1) au centre, le hall et les circulations reliant les étages; 2) côté pont, les collections et les aires de lectures; 3) côté stationnement, les services techniques et administratifs.
Dans ce sens, c’est le volume des collections et des aires de lectures situées sur les trois étages, qui se prolonge et s’avance vers la rivière. Le glissement de ce volume vertical permet d’ouvrir complètement les aires de lectures de chacun des étages vers l’est et d’offrir des vues lointaines sur la rivière et le paysage.
Tirant parti de ce rapprochement de la bibliothèque et l’eau, de grandes parois vitrées permettent d’amplifier et de diversifier les liens visuels entre les espaces intérieurs et la rivière. Ainsi, chacune des différentes clientèles (enfants, adolescents, adultes et personnes âgées) profite de relations distinctes avec la rive, les arbres, le feuillage et la rivière; inspirant le calme, le silence et le ressourcement.
RICHESSE DES AMBIANCES ET CLARTÉ DU PARCOURS
Encore une fois, c’est notre volonté de mettre en valeur les liens avec la ville et la rivière qui ont conditionné l’organisation et la conception des espaces intérieurs. Dans cet esprit, nous proposons deux espaces intérieurs prédominants et généreusement ouverts sur l’extérieur.
Le premier est composé des fonctions nécessitant des liens directs et fréquents avec la clientèle, soient : le hall, son comptoir de prêt et la salle multifonctionnelle. Ces trois fonctions sont combinées dans un même volume intérieur et complètement vitré sur la place publique (le parvis). Ainsi positionnées à l’avant du bâtiment, ces fonctions deviennent de véritables espaces intermédiaires entre les aires de lecture et la ville. Traité tout en bois et en continuité du parvis d’accueil, ces trois espaces peuvent s’ouvrir les uns sur les autres et être utilisés comme une seule et unique grande salle lors d’événements publics (expositions, vernissages, rencontres d’écrivains, etc.).
Le deuxième est celui de l’atrium et des circulations verticales reliant le hall aux différents étages. D’un espace horizontal très ouvert sur la ville et sur la place publique, on découvre maintenant un espace qui se déploie en hauteur sur trois étages, qui offre des vues surprenantes sur le paysage et qui permet de s’orienter et de distinguer rapidement les principaux secteurs de la bibliothèque. De plus, cet espace central est également « habité » par des aires de consultation et de travail aménagées en gradins, largement ouverts sur le paysage et pouvant servir à l’occasion d’auditorium pour des conférences, des projections et lectures publiques ou autres événements spéciaux.
Ainsi, cet espace vertical donne le ton, facilite l’orientation et la reconnaissance des lieux. Dès l’entrée dans ce deuxième espace ouvert, on peut apercevoir à droite le volume des collections et des aires de lectures qui se déploient sur les trois étages. Faciles d’accès, les périodiques et les salles de généalogie et de patrimoine sont situés au niveau du hall, tandis que les plus jeunes sont situés au niveau jardin et les adultes et adolescents sont à l’étage supérieur.
En continuité avec le hall et au cœur de l’atrium, un escalier monumental, des coursives et une passerelle proposent une véritable promenade architecturale, à la fois lieu de transition entre les différents secteurs et lieu de découverte ouvert sur la bibliothèque et le paysage.
Périodiques, audiovisuel, secteurs jeunesse, adolescents et adultes bénéficient tous d’aires de lecture situées dans des secteurs calmes et ayant de superbes vues sur le paysage riverain. Une grande aire de consultation est également prévue à l’avant du bâtiment, au dernier étage. Largement ouverte sur la ville, cette aire de travail offre une vitrine urbaine en relation étroite avec la place publique et la rue.
LE BOIS ET LA PIERRE : HISTOIRE ET CULTURE
Considérant la vocation du projet et son contexte urbain, historique et économique, nous avons valorisé l’utilisation de deux (2) matériaux privilégiés au Québec, soit la pierre et le bois; soutenant ainsi une performance de développement durable exemplaire. De plus, nos recherches sur l’histoire de Saint-Eustache nous ont permis de constater que ces deux matériaux ont été largement utilisés lors des premières années de la ville. Par exemple, des photos d’archives montrent bien l’utilisation du bois et de la pierre comme parements extérieurs du moulin à scie et du moulin Légaré. Cette valorisation de deux (2) matériaux fondateurs permet d’accroître autant la performance écologique du projet, que les repères visuels accessibles pour la population et les visiteurs, qui illustrent de façon manifeste, les efforts techniques et esthétiques déployés pour engager le projet dans l’histoire concrète de Saint-Eustache.
DÉVELOPPEMENT DURABLE
Inscrite dans une démarche de développement durable, le volume compact permet de réduire l’emprise au sol du bâtiment et de limiter les impacts sur le site. Ainsi, l’implantation limitée du projet permet de dégager des espaces extérieurs de qualité, respectueux de l’environnement et bien intégrés au quotidien de la bibliothèque. Le stationnement est intégré à la topographie naturelle du site en étant aménagé sur deux niveaux, tout en assurant la protection de la bande riveraine dans son ensemble. Cette stratégie permet de réduire les interventions nécessaires sur le sol et minimise les impacts physiques et visuels. De la rue, comme des deux niveaux de stationnements, on dégage ainsi les vues sur la rivière et le paysage, améliorant l’expérience globale des lieux.
De façon plus spécifique, l'utilisation de matériaux nobles et québécois tel que le bois qui provient d’une ressource durable et la pierre comme parements extérieurs, augmentent la demande pour les produits et matériaux de construction, d'extraction et de fabrication régionales, appuyant ainsi l'utilisation de ressources locales et réduisant les impacts environnementaux liés à leur transport. Lorsque disponible, la majorité des matériaux de construction, incluant ceux des ouvrages de menuiserie proviendront d'extraction régionale et, dans le cas du bois, seront fait de bois certifiés FSC. L'emploi de matériaux à faible COV (produits adhésifs, d'étanchéité, de peinture, d'enduits, de tapis) ainsi que de bois composite et adhésifs sans urée formaldéhyde, l'utilisation de matériaux à haut contenu recyclé et potentiellement rapidement renouvelables viendront appuyer l'effort dans de cette démarche.
Enfin, l’utilisation de la géothermie, la toiture inversée à haute émissivité avec gravier blanc, la forme, l’orientation du projet et de ses ouvertures, l’apport de lumière naturelle et un grand mur solaire sur la façade sud, contribueront aux performances énergétiques du bâtiment.